Ciel ouvert – note d’intention

 

L’action menée porte sur le thème des PAN.

 

 

PAN est l’acronyme de Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés, proposé par le CNES au cours des années 1980. Il désigne un ensemble des phénomènes aériens dont la nature paraît problématique au premier abord, et que l’étude révèle plus ou moins identifiables. Le classement de ces phénomènes amène à ranger ce qu’on appelle communément OVNI dans la catégorie PAN D. Notre manifestation portera sur tout ce qui peut faire l’objet d’observations et d’interrogations dans le ciel diurne ou nocturne, que cela concerne des phénomènes proches et en principe connus (nuages…), des phénomènes lointains et plus ou moins bien connus (étoiles…), ou des phénomènes que l’on ne sait pas identifier (OVNIS…). À l’heure où les inquiétudes croissantes concernant le devenir de la planète devraient nous conduire à nous définir avant tout comme « terrestres », une conception élargie de la politique est en train d’émerger : ses acteurs comprendraient non seulement les « humains » mais aussi d’autres agents naturels dans le cadre d’une diplomatie pensée à neuf (Bruno Latour), son horizon nous conduirait à admettre l’existence possible d’intelligences extra-terrestres comme fondement nécessaire d’une véritable cosmopolitique (Peter Szendy), et son champ d’action serait le territoire « dans », « sur » ou « avec » lequel des collectifs sont ici et maintenant susceptibles de se constituer en tant qu’agents de leur(s) propre(s) histoire(s).

L’étude plus ou moins savante du ciel, en même temps que sa colonisation naissante, constitue un des espaces et un des enjeux privilégiés de cette politique renouvelée. Le terme d’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) a depuis longtemps attiré notre attention sur le rôle que les auteurs, poètes ou performers sont d’ores et déjà en train d’y jouer. Une vingtaine d’années après sa mise en circulation, il s’agirait pour l’association PAN! de faire le point sur un terme, et au-delà sur un ensemble de pratiques sociales d’écritures capables de porter de telles interrogations.

La vocation de ces rencontres est de proposer un espace d’échanges aussi large que possible entre poètes, théoriciens et scientifiques, à Limoges et sur le plateau de Millevaches, sur des territoires que leur histoire continue de situer comme laboratoires de politiques alternatives. Leurs habitants seront les principaux acteurs de ces rencontres auxquelles seront conviés aussi bien les nuages que les exoplanètes et leurs potentiels occupants

En mars 2016 : rencontres poétiques « Ciel ouvert#1»

© Stéphanie Eligert

CIEL OUVERT #1

PROGRAMME

SEMAINE DU 14 AU 20 MARS
LIMOGES, EYMOUTIERS

 

 

du lundi 14 mars au 18 mars, à l’ENSA de Limoges : dans le cadre de la semaine Charivari, Stéphane Bérard, invité par PAN !, anime un atelier pour les étudiants de l’école nationale supérieure d’art.

 

vendredi 18 mars de 14h à 17h et le samedi 19 mars de 10h à 17h, présentation publique des vidéos réalisées par les étudiants, à l’occasion des journées Portes ouvertes de l’ENSA.

 

samedi 19 mars, Limoges, Théâtre Expression 7, 18h :
Lectures, performances, projections : Stéphane Bérard, Stéphanie Eligert, Emmanuel Rabu.

 

vendredi 18 mars et dimanche 20 mars, à Eymoutiers
Entretiens de Stéphanie Eligert avec des habitants de la commune et du Plateau de Millevaches à propos de leur relation sensible au ciel et à l’atmosphère du Plateau.

 Entrée libre et gratuite

Adresses utiles :
ENSA – 19, avenue Martin Luther King 87000 Limoges
Théâtre Expression 7 – 20, rue de la réforme 87000 Limoges
Contact :
– 43210pan@gmail.com

Nathalie Quintane

dossier presse printps 2015Nathalie Quintane est née en 1964. Elle a publié dans de nombreuses revues – Nioques, Action Poétique, Dock(s), AIOU, Revue de Littérature Générale n°2, Perpendiculaire, Prospectus, Propos de campagne, Java, Le jardin ouvrier, Le corridor bleu, Il particolare, TIJA, La polygraphe, Passage, Ecritures N°11 (Belgique), DWB n°3 (Hollande), If n° 16 (spécial Reznikof, traduction), Magyar Muhely (Hongrie) – et a fait paraître une vingtaine d’ouvrages de poésie, prose, théâtre, roman.

Photo : Olivier Roller

Publications :
– Remarques, Cheyne, 1997
– Chaussure, P.O.L, 1997
– Jeanne Darc, P.O.L, 1998
– Début, P.O.L, 1999
– Mortinsteinck, P.O.L, 1999
– Saint-Tropez – Une Américaine, P.O.L, 2001
– Formage, P.O.L, 2003
– Les Quasi-Monténégrins, P.O.L, 2003
– Antonia Bellivetti, P.O.L, 2004
– L’Année de l’Algérie, Inventaire-Invention, 2004
– Cavale, P.O.L, 2006
– Une oreille de chien, Éditions du Chemin de fer, 2007
– Grand ensemble, P.O.L, 2008
– Un embarras de pensée, Argol éditions, 2008
– Tomates, P.O.L, 2010
– Crâne chaud, P.O.L, 2012
– Descente de médiums, P.O.L, 2014
– Les années 10, La fabrique, 2014

Anne Parian

Photo : Jean-Marc de Samie

17mars_1Anne Parian est écrivain(e). Elle vit à Paris. Elle investit différents champs de production artistique, dans les domaines de l’écrit, de la photographie, du son et de la vidéo. Elle publie dans de nombreuses revues, Tartine, Nioques, Exact change, Quaderno, Fin, CCP. Elle vient de publier Monospace chez POL. Ses autres ouvrages sont A.F.O.N.S., Théâtre Typographique (2001), Le Corps, notes vidéographiques, vidéo (2001), A moi singes partout, Contrat maint, (2002), Le Troisième, L’Attente (2003), Danse, vidéo (2004), Untel, Contrat maint (2005). Artiste associée aux Laboratoires en 2008, elle y mène un travail de recherche littéraire avec l’Atelier polylingue.
«En règle générale je préférerais me dire «poète» seulement (mais, le mot est, comme on dit, fort «vieilli»), c’est à dire que je m’emploie (crois-je) à re-faire le monde (donner des formes à des mondes (possibles), c’est à dire encore «re-lire» le monde (ce qui m’en est accessible). Ainsi je pense que «poète» est le meilleur nom pour «artiste» (à cause des possibilités d’assemblages qu’offrent aujourd’hui les moyens du bord). Donc je ne tiens pas à distinguer les états d’écrivain, de photographe, de vidéaste, etc., car mes états sont infinis (j’exagère).»

Publications :
– À la Recherche du lieu de ma naissance, (photos) Marseille, cipM, 1994
– Abracadabra; Paris, Rup & Rud, 1998
– Et continuant de se déplacer à toute vitesse,(photos) Paris, 002, 1999
– Bonjour 005, Paris, 2000
– F. Nom de ville; Paris, Au figuré, 2000
– A.F.O.N.S.; Théâtre Typographique, 2001
– 33 segments à assembler, HC, Paris, 2002
– À moi Singes partout; Marseille, Contrat maint, 2002
– Le Troisième; Bordeaux, L’Attente, 2003
– Untel, Marseille, Contrat maint, 2005
– Monospace; Paris, P.O.L., 2007
– = Jonchée; Les petits matins, 2007
– Les années 10, Paris, La Fabrique, 2014
+ http://www.leslaboratoires.org/artiste/anne-parian

Franck Leibovici

 

LeiboviciFranck Leibovici conçoit ses travaux artistiques comme des atmosphères sensitives dans lesquelles la participation du public est toujours cruciale. Il a entamé en 2011 une recherche portant sur les
« formes de vie » et les « écosystèmes » que produit une pratique artistique. Sa réflexion élabore de nouveaux outils de description et remet en jeu la partition entre science et art, dans une perspective pragmatiste en prise avec l’actualité et notre quotidien.

Publications :
– Quelques story-boards, ubuweb, 2003
– 9+11, ubuweb, 2005
– Portraits chinois, al dante, 2007
– Des documents poétiques, Questions théoriques, 2007
– (Des formes de vie) une écologie des pratiques artistiques, Questions théoriques, 2012
+ http://www.desformesdevie.org/

Jean-Marie Gleize

dossier presse printps poetes 2015bPhoto : La Station, Nice, France, 2006

Jean-Marie Gleize crée et dirige depuis 1990, la revue Nioques dans laquelle sont tentées diverses expériences d’écriture réaliste, dans la continuité des avant-gardes historiques des années 1960-70. Il a publié, entre autres, aux éditions du Seuil, Poésie et figuration (1983) et, dans la collection « Fiction et Cie », Le Principe de nudité intégrale, manifestes (1995) et Les Chiens noirs de la prose (1999).
Cherchant à faire une poésie réaliste tout en reconnaissant l’impossibilité d’un résultat purement objectif, son écriture, fragmentaire, s’attache à divers dispositifs incluant les notes, l’inclusion de textes hétérogènes, la citation intertextuelle allant jusqu’à l’appropriation, les références cinématographiques et la photographie.

 

Le projet po&fric

Sous le sens et sans le sou

« Quant à ceux qui se livrent ou se sont livrés avec succès à la poésie, je leur conseille de ne jamais l’abandonner. La poésie est un des arts qui rapportent le plus ; mais c’est une espèce de placement dont on ne touche que tard les intérêts, – en revanche très gros. »

Charles Baudelaire, Conseils aux jeunes littérateurs (in L’Esprit public, 15 avril 1846)

«L’argent est la seule valeur qui a un lien avec le viable. Elle est une valeur extérieure morale et une valeur chaque jour dans toutes les directions infiltrée, elle s’infiltre, elle est présente dans toutes les réalisations, elle se répand dans tous les mouvements de l’esprit, elle s’est infiltrée dans tous les gestes, elle n’est pas restée dans le domaine des jugements, elle est une valeur vivante.»

Christophe Tarkos, L’argent

« Si tu as la monnaie, chéri, nous avons ta maladie »

Sylvain Courtoux, Stillnox (d’après Gun’s and Roses, Welcome to the jungle)

 

A bien y penser, quand on lit de la poésie, on a la sensation de faire un bon investissement. La poésie rassure les investisseurs du sens que nous sommes tous. Lorsque vous savez que vous lisez de la poésie, – de la vraie poésie –, vous ne pouvez pas ne pas ressentir la satisfaction de celui qui a fait un bon placement. Car l’esprit capitalise (lui aussi). Il investit dans toute entreprise qui lui donne l’impression de ne pas avoir perdu son temps avec des œuvres et surtout d’être du bon côté de la « Culture ». La poésie sert de caution à l’écriture. Elle donne une valeur ajoutée au lisible.

Cette impression seconde semble toutefois contredire une mythologie qui sévit depuis quelque temps déjà dans le monde littéraire.

En effet n’entre-t-il pas dans les définitions les plus récurrentes de la poésie celle qui la détache et l’éloigne insupportablement de nos conditions d’existence ? Le poète n’est-il pas inlassablement décrit comme un être désintéressé dont la misère économique est parfois même jugée comme un facteur de création ?

Depuis des lustres on nous dit qu’il faut savoir « habiter le monde en poète ». Une certaine poésie y trouve en effet à se loger à moindre frais. Elle voudrait nous convaincre que la manne du monde est un chant que le poème doit recueillir pieusement pour l’offrir aux débiteurs insolvables que nous sommes. Soit. Mais peut-on la croire sur parole ? N’est-il pas question ici, tout comme pour l’argent, de reconnaître une valeur fiduciaire à la poésie ? Une monnaie de singes transformée en signes ?

La poésie est donc souvent dissociée des manières d’être les plus ordinaires ainsi que des contraintes sociales qui organisent notre vie commune. Notre intention est de faire voler en éclat cette ségrégation arbitraire qui perpétue des habitudes stériles et une routine esthétique sclérosante.

Il ne s’agira pas pour nous de savoir s’il fait bon être riche quand on est poète ou s’il existe une éthique vis-à-vis de l’argent que le poète serait dans l’obligation de respecter pour ne pas déchoir de sa « poéticité ».

Mais il ne faudrait pas non plus que cette entreprise de démythification nous déculpabilise au point de nous faire accepter le monde de l’argent comme un principe de réalité invincible et indépassable.

Il serait irresponsable de notre part de laisser penser que l’écrivain (ou toute autre personne plus estimable encore…), sitôt décomplexé de son rapport à l’argent, puisse se réinstaller confortablement dans la posture apolitique du bourgeois ou rejoindre un peu trop complaisamment le club des affairistes.

Nous voudrions plutôt savoir ce que la poésie peut nous apprendre sur nos rapports à l’argent.

Mais pourquoi donc la poésie ? Précisément parce qu’il ne viendrait à l’idée de personne d’associer ce type d’écriture à l’argent, tant il est vrai que tout est fait dans notre culture pour faire de la poésie une activité désintéressée qui ne parle jamais de « ça » (comme s’il y avait une faute de goût à vouloir mettre les questions d’argent sur le tapis ou envisager même d’en parler entre poètes ou artistes). Mais il est vrai pourtant qu’on en parle parfois, et même très souvent si l’on y prête attention. Alors : pourquoi la poésie ne pourrait-elle pas être aussi bien placée (ou cotée ?) que n’importe quel type de discours pour produire des éléments de connaissance sur le comportement de l’homo œconomicus ?

Nous n’avons, certes, peut-être pas d’autres choix, pour l’instant, que de participer au monde de l’argent organisé par une société que nous n’avons pas choisie et à laquelle nous ne pouvons que très difficilement consentir après coup. Mais la participation forcée ne nous dispense pas d’exprimer par tous les moyens le regard que nous y aurons jeté de l’intérieur.

Comment donc se débarrasser définitivement du mythe d’une poésie étrangère au monde de l’argent tout en évitant de tomber dans les complicités tacites que l’art entretient depuis longtemps déjà avec des mécanismes de marché imperturbables et laissés intacts dans leur dimension dévastatrice ?

Quel mode d’interrogation inédit le discours poétique, censé être toujours sur une réserve propre à parler d’une intimité inestimable, introduit-il dans le monde des échanges économiques ?

Comment fonctionnent ou dysfonctionnent les mécanismes du marché et de la finance lorsqu’ils sont visités par les pratiques et les dispositifs poétiques ?

La poésie peut-elle s’échanger contre autre chose ? Peut-on la troquer contre du réel et en finir avec son éternelle promesse symbolique ?

Peut-on se servir de la poésie comme d’un moyen ou d’une monnaie qui réinventerait durablement nos transactions sociales ?

G.M.