Qu’est-ce-que CIEL OUVERT #1 ?

L’association PAN! (Phénomènes Artistiques Non !dentifiés) organise, dans le cadre du Printemps des Poètes, une manifestation poétique, Ciel Ouvert #1, du 14 au 20 mars 2016, sur le thème du ciel proche – les formations nuageuses et nos relations sensibles au temps qu’il fait – et aussi du ciel lointain, celui des planètes et des objets non identifiables.

Une soirée lecture-performance et projection est proposée le samedi 19 mars à partir de 18h au Théâtre Expression7, avec Stéphane Bérard, artiste polymorphe, plasticien, musicien, écrivain et vidéaste, Stéphanie Eligert, écrivain, critique littéraire passionnée par les nuages et Proust, Emmanuel Rabu, écrivain et poète sonore.

Ciel Ouvert #1 est le premier moment d’une série de rencontres qui se poursuivront à l’occasion de Ciel ouvert #2, les 3, 4, 5 juin prochains au Manoir De Plainartige (commune de Nedde 87)

Ciel Ouvert #1 et #2 proposent de scruter le ciel et la poésie parce que c’est une façon de lire les bouleversements de l’histoire, à l’époque où l’esquisse d’une colonisation de l’espace appelle une révision totale de la manière dont les humains habitent leur planète.
La poésie, comme le climat, est politique.

Ciel Ouvert #1, ouvre un partenariat avec l’ENSA Limoges qui accueille Stéphane Bérard, invité à l’initiative de PAN!, pour animer du 14 au 18 mars un atelier film-vidéos avec un groupe d’étudiants, en lien avec les thématiques de cet événement. Ces films sont présentés à l’ENSA le vendredi 18 mars dans l’après-midi, ainsi que lors de la journée portes ouvertes de l’ENSA le samedi 19 mars. (cf. programme).
Stéphane Bérard présentera un de ses films lors de nos rencontres le samedi 19 mars au Théâtre Expression 7 (cf. programme). Les vidéos réalisées par les étudiants seront projetées lors de Ciel Ouvert#2 les 3, 4 et 5 juin 2016.
Impliquer les étudiants en art dans des pratiques poétiques qui leur restent souvent étrangères, proposer des formations aux pratiques poétiques innovantes en croisant les publics les plus divers sont des enjeux essentiels pour l’association PAN!

Ciel ouvert #1 est aussi l’occasion de nouer un compagnonnage avec Stéphanie Eligert, artiste associée de ces manifestations. Elle débutera le vendredi 18 et le dimanche 20 mars, à Eymoutiers, une série de rencontres, avec des habitants du plateau de Millevaches, qui se poursuivront tout au long de l’année 2016. Ces entretiens mettront à jour, pour chacun, les relations sensibles au ciel, aux formations nuageuses, aux variations du temps, telles qu’elles se produisent d’une saison à l’autre ou dans une journée.(cf. texte p ….)
Ces échanges conçus en partenariat avec l’Atelier de géographie populaire du Plateau de Millevaches conduiront à la réalisation, de cartes, de textes réunis dans une brochure diffusée par PAN! et l’ Atelier de géographie populaire. (voir l’avancée du projet sur www.pan-net.fr)

Ciel ouvert #1 s’inscrit donc dans la continuité des rencontres organisées depuis la création de l’association. Notre approche critique de la poésie et de l’institution nous a conduits à reconnaître dans la question des PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés) une approche possible de la modernité qui est, entre autres, celui de la conquête du ciel par des machines volantes.

Le thème du Printemps des poètes est cette année le grand XX° Siècle : si cette célébration a aujourd’hui un sens, c’est moins, pour nous, dans la commémoration d’une histoire passée, que dans la réitération critique de gestes qui ont mis la poésie à l’avant-garde de l’art comme de l’histoire. La mise en jeu du terme OLNI, apparu à la toute fin du siècle passé (1995, Revue de littérature générale), et la réactualisation que nous en proposons via l’acronyme PAN!, nous a paru la meilleure manière de produire ce geste aujourd’hui.

Art&Po: Programme – Conférence-débat, samedi 15 mars, à l’ENSA –

ARTS, POESIE : LA QUESTION DE L’INSTITUTION 

10h30
Lorenzo Menoud
Pour une définition sociale de la poésie

Argument : lors de la journée du 15 mars, je compte présenter ma définition sociale de la poésie, en précisant notamment en quoi elle se distingue de la théorie institutionnelle, et anticiper quelques objections qui pourraient lui être faites (non-pertinence, trivialité et conservatisme)

14h00
Christophe Hanna
Poésie comme ingéniérie sociale ?

Argument : à partir des années 70 la question technique (celle du «fonctionnement» des objets poétiques) est reconsidérée dans le discours de la théorie de l’art avec Nelson Goodman («un objet d’art est un artefact qui fonctionne comme de l’art») et de la poésie, avec notamment Ponge (La Fabrique du pré). Ponge et Goodman surtout, même s’ils ne sortent pas du paradigme Humien du «goût»(l’artistique demeure soumis à l’esthétique et ses aptitudes, sa formation, particulières), en plaçant au centre de la réflexion la notion de «fonctionnement», délocalisent l’attention : auparavant, chez les poéticiens elle avait tendance à porter sur l’objet pris comme un organisme. Avec Goodman l’attention se porte sur «le fonctionnement» institutionnel dans lequel il prend part (pour devenir art à l’occasion). C’est ce fonctionnement institutionnel qu’il nomme (en partie) «implémentation» et cette «implémentation» qu’on peut décrire comme une «technique institutionnelle» un peu au sens où Karl Popper, dans Misère de l’historicisme de «piecemeal social engineering». A partir de ce moment la théorie de l’art, la poétique peuvent et même doivent se reconcevoir comme l’étude de certaines «machinations» institutionnelle (machination d’intrusion ou d’ouverture-reconception ad hoc).
En 1995, Cadiot et Alféri rédigent «La mécanique Lyrique», texte pseudo-théorique dans lequel ils développent une tentative de technologisation du discours poéticien.
Bien qu’ils se recentrent sur la fabrique de l’objet conçu comme un organisme clos, ils ont l’énorme avantage de rompre avec le paradigme humien du «goût».  La métaphore machinique leur permet d’envisager non seulement d’autres fonctionnements que celui d’induire une relation esthétique mobilisant les aptitudes à «savourer» l’objet, mais aussi une autre conception de la lecture poétique et des dispositions mentales qu’elle présuppose. On peut dire qu’avec eux un «sens technique» (dans une signification qu’on peut déduire de ce que raconte Simondon sur la technicité, mais qu’on peut intuitionner très simplement si on pratique des techniques sportives, si on est un fan de mécanique, ou si on est instrumentiste musical) devient l’aptitude première du lecteur. C’est ce sens qui va lui permettre opportunément  (ou opportunistement) d’activer l’objet, de le faire fonctionner dans sa vie pratique personnelle ou publique.
La théorie des actes illocutoires développée par Searle permet bien d’étayer ce genre de poétiques. Mais elle a le désavantage d’être logocentrique. Elle peut-être compensée par les travaux dans le domaine de la literacy qui permettent bien de concevoir comment et pourquoi des agencements d’inscriptions sur tel ou tel support peuvent fonctionner comme des machines pratiques peuvent être compris sous cet angle. Mais à mon avis, une poétique nouvelle, capable de prendre en charge des dispositifs encore plus techniques (au sens de Simondon, c’est-à-dire encore plus « intégrés » à un «contexte associé») devrait croiser les deux perspectives, celle de la «technologie d’écriture» et celle de «l’ingénierie sociale» de Goodman/Popper.

15h30
Olivier Quintyn
De la critique institutionnelle à l’analyse transinstitutionnelle : du jeu de l’instituant et de l’institué

Argument : à partir des perspectives critiques ouvertes par Peter Bürger et sa Théorie de l’avant-garde, on tentera de montrer les limites idéologiques des «néo-néo-avant-gardes» de l’art contemporain international, qui font de la critique institutionnelle un style réifié voire un spectacle. On plaidera plutôt pour des pratiques critiques qui réinstituent et déplacent, parfois conflictuellement, les pôles institutionnels entre lesquels elles se déploient, dans un espace public bien plus vaste et différencié que celui d’un art contemporain réautonomisé ; je parlerai par exemple des collectifs WochenKlausur, de La Rédaction et des Yes Men.