Camouflages, du 9 au 31 mars 2018 à Limoges, note d’intention

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Passer inaperçu est de plus en plus difficile, voire risqué, dans ce qu’est devenue aujourd’hui la société du Spectacle. Pourquoi vouloir rester discret, se faire oublier, ou littéralement « faire tapisserie » quand chacun entend produire et diffuser sa propre image urbi et orbi, et la considére comme un atout indispensable à sa réussite professionnelle et privée ?
Devient suspect.e celui ou celle qui, réti.f.ve à de telles expositions, prétend se soustraire au règne des visibilités. Car non seulement ce monde d’apparences est souvent un monde de leurres, mais l’ensemble des agencements techniques, économiques et sociaux qui le soutiennent fonctionnent aussi comme dispositifs de surveillance et de contrôle.
L’intérêt de la question du camouflage, dans le cadre de rencontres poétiques sur le thème de l’ardeur, est de s’interroger sur les styles d’existence que l’on peut estimer désirables aujourd’hui, et des tactiques qu’il est possible de déployer pour évoluer dans un monde d’où l’invisibilité paraît exclue. Ces enjeux, politiques en même tant qu’esthétiques, peuvent rassembler des chercheurs, qu’ils soient poètes, artistes, théoriciens, hommes et femmes du commun, ou tout cela ensemble.
De nombreuses œuvres contemporaines sont traversées par le type de questions ainsi ouvertes. Par exemple :
– quelle peut être l’efficience exacte d’expériences et de mises en œuvre esthétiques dans un tel contexte ? Les techniques du camouflage militaire moderne ont été inventées par des artistes et des décorateurs mobilisés pendant la Première Guerre Mondiale, mais en quoi des démarches artistiques peuvent-elles nous être secourables aujourd’hui ? Entre procédures de désinvisibilation, création de motifs au service de l’industrie textile, ou parodies de canulars (« hoax ») à visée radicalement critique, quelles sont ici les ressources de l’art et de la poésie ?
– jusqu’à quel point l’injonction qui nous est faite de devenir les entrepreneurs de notre propre existence nous impose-t-elle de redécrire celle-ci en termes militaires ? Quel genre d’attitudes pourrions-nous élaborer pour échapper à de tels mots d’ordre ? En d’autres termes : comment faire pour qu’on nous foute la paix ? Est-il possible de « devenir imperceptible », pourquoi, comment, avec qui, à quel prix ?
– dans un sens large qui tiendrait compte de tous les contextes possibles, le camouflage est aussi bien le fait de pouvoirs institués, que de mouvements de destitution radicale. Mais doit-on mettre sur le même plan les couples douteux de la simulation et de la dissimulation, de la  désinformation et du storytelling, de l’expert et de l’imposteur – indissociables aujourd’hui de « la guerre de l’information » -, et l’impératif d’anonymisation caractéristique de si nombreuses contestations contemporaines ? S’agit-il d’un camouflage new look, ou d’un rapport radicalement autre à la représentation visant à annuler toute entreprise d’enfumage et à rendre caduque l’idée même de camouflage ?
– quels enseignements tirer des multiples formes de camouflage à l’œuvre dans le monde animal ? Comment faire l’expérience de ces mimétismes qui bien avant le XX° siècle ont étonné et servi de modèle ? Quand, comment et vis-à-vis de qui adopter ou abandonner la posture du chasseur, lui aussi expert en camouflage ?
Au sens le plus large, c’est ainsi la nature de nos dispositions perceptives que nous aurons à interroger. Des machineries optiques, sonores, des agencements techniques (aujourd’hui multimédias) avec les systèmes discursifs associés, ont toujours organisé ces dispositions. Mais les leurres qui nous sont aujourd’hui proposés dessinent les contours de nouvelles conflictualités dont nous sommes devenus le terrain, à la fois cibles et enjeux de manœuvres essentiellement marchandes. Si la manière dont nous percevons le monde est maintenant l’objet d’une entreprise de modelage omniprésente et parfois directement policière, il est urgent de se ressaisir non tant comme les spectateurs de ces mécanismes d’assujettissement que comme leurs objets, afin d’inventer les processus de subjectivation susceptibles d’y répondre.

Ciel ouvert #2, le programme

 

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Vendredi 3 juin 2016

20h00 Accueil

20h30  Météorologie de l’art contemporain en Limousin

Performance de Yao Qingmei, artiste multidisciplinaire, en miss météo multimédia.

21h00  Introduction à la psychologie prédictive

Conférence de Dominiq Jenvrey , écrivain : il s’empare de l’histoire de Betty Hill, qui au début des années 1960, raconte son enlèvement dans une soucoupe volante par des extra-terrestres.

22h00 Le monstre extraterrestre

Conférence de Michel Salamon, professeur de philosophie, passionné d’astronomie : que signifie l’arrivée de ces nouveaux monstres venus de l’espace ?

23h00 Visite guidée « à l’oeil nu » du ciel étoilé

Observation à ciel ouvert avec Michel Salamon,  si le temps le permet (amenez une tenue chaude) ; projection prévue en cas de ciel couvert.

 

Samedi 4 juin

11h00  Promenade autour du manoir et observation du ciel diurne

(identifications des nuages), avec Stéphanie Eligert, écrivain, passionnée de Proust et de nuages, et l’ensemble des invités.

12h00  Le ciel de lit est une invention arabe

par Anne Kawala, écrivain, dans une lecture performée qui dépendra du az-zahr, des aléas naturels et des rencontres, où il pourra être question d’amour.

12h30  Déjeuner, proposé par Graines de carrosse.

14h00  Atelier cartographique avec l’AGP

Diverses consignes pour réaliser des cartes liées aux phénomènes météorologiques, aériens, et célestes, sont proposées aux participants tout au long de ces deux jours.

14h30  Des pollutions lumineuses       [mise à jour au 28 mai 2016]

Conférence de Michel Deromme, de l’association ANPCEN (Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturne).

15h30  L’atmosphère sensible d’un lieu, ou la question de l’immanence politique, avec Stéphanie Eligert, écrivain.

16h30  Somaland

Lecture de et par Eric Chauvier, écrivain, anthropologue, enseignant.

Un expert est envoyé sur le site d’une usine de prothèses médicales. Sa mission est de dresser un état des lieux sur l’implication de la population dans la prévention des risques industriels…

17h30  Les climats du Plateau

Discussion avec l’ensemble des participants sur les climats du Plateau de Millevaches.

19h00  Dîner, proposé par Graines de carrosse.

20h45 Météorologie de l’art contemporain en Limousin

Performance de Yao Qingmei, artiste multidisciplinaire, en miss météo multimédia.

21h00  Peut-on séparer des aspects populaires et savants dans la façon d’aborder la question de la vie extraterrestre?
Conférence de Pierre Lagrange, sociologue des sciences, enseignant et chercheur (LAHIC-CNRS)

23h00 Visite guidée « à l’oeil nu » du ciel étoilé

Observation à ciel ouvert avec Michel Salamon, si le temps le permet (amenez une tenue chaude) ; projection prévue en cas de ciel couvert.

 

Dimanche 5 juin

13h45  Météorologie de l’art contemporain en Limousin

Performance de Yao Qingmei, artiste multidisciplinaire, en miss météo multimédia.

14h00  Opération biohardcore

Performance-promenade de et par Antoine Boute, écrivain

Prenons une forêt : il y a de l’internet à fond là-dedans, tellement d’interconnexions, d’échanges de données que l’on peut tranquillement affirmer : forêt = Internet = forêt. Partant de là allons-y à fond : profitons-en pour sauver le monde et ses poumons.

15h00  Le gouvernement du ciel

Conférence de Thomas Hippler, enseignant à Science-Po Lyon, sur l’histoire globale des bombardements aériens.

16h00  Discussion et pot…pour finir le week-end

 

 

Cette manifestation est conçue pour s’adapter aux aléas climatiques. En cas d’intempéries continues, Ciel ouvert #2 sera rebaptisé Ciel couvert #1, et la programmation se réactualisera au fils des événements.

 

La participation à l’ensemble de ces rencontres est libre et gratuite

Ciel ouvert – note d’intention

 

L’action menée porte sur le thème des PAN.

 

 

PAN est l’acronyme de Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés, proposé par le CNES au cours des années 1980. Il désigne un ensemble des phénomènes aériens dont la nature paraît problématique au premier abord, et que l’étude révèle plus ou moins identifiables. Le classement de ces phénomènes amène à ranger ce qu’on appelle communément OVNI dans la catégorie PAN D. Notre manifestation portera sur tout ce qui peut faire l’objet d’observations et d’interrogations dans le ciel diurne ou nocturne, que cela concerne des phénomènes proches et en principe connus (nuages…), des phénomènes lointains et plus ou moins bien connus (étoiles…), ou des phénomènes que l’on ne sait pas identifier (OVNIS…). À l’heure où les inquiétudes croissantes concernant le devenir de la planète devraient nous conduire à nous définir avant tout comme « terrestres », une conception élargie de la politique est en train d’émerger : ses acteurs comprendraient non seulement les « humains » mais aussi d’autres agents naturels dans le cadre d’une diplomatie pensée à neuf (Bruno Latour), son horizon nous conduirait à admettre l’existence possible d’intelligences extra-terrestres comme fondement nécessaire d’une véritable cosmopolitique (Peter Szendy), et son champ d’action serait le territoire « dans », « sur » ou « avec » lequel des collectifs sont ici et maintenant susceptibles de se constituer en tant qu’agents de leur(s) propre(s) histoire(s).

L’étude plus ou moins savante du ciel, en même temps que sa colonisation naissante, constitue un des espaces et un des enjeux privilégiés de cette politique renouvelée. Le terme d’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) a depuis longtemps attiré notre attention sur le rôle que les auteurs, poètes ou performers sont d’ores et déjà en train d’y jouer. Une vingtaine d’années après sa mise en circulation, il s’agirait pour l’association PAN! de faire le point sur un terme, et au-delà sur un ensemble de pratiques sociales d’écritures capables de porter de telles interrogations.

La vocation de ces rencontres est de proposer un espace d’échanges aussi large que possible entre poètes, théoriciens et scientifiques, à Limoges et sur le plateau de Millevaches, sur des territoires que leur histoire continue de situer comme laboratoires de politiques alternatives. Leurs habitants seront les principaux acteurs de ces rencontres auxquelles seront conviés aussi bien les nuages que les exoplanètes et leurs potentiels occupants