En mars 2016 : rencontres poétiques « Ciel ouvert#1»

© Stéphanie Eligert

CIEL OUVERT #1

AVANT-PROGRAMME

SEMAINE DU 14 AU 20 MARS
LIMOGES, EYMOUTIERS

 

du lundi 14 mars au 18 mars, à l’ENSA de Limoges : dans le cadre de la semaine Charivari, Stéphane Bérard, invité par PAN !, anime un atelier pour les étudiants de l’école nationale supérieure d’art.

 

vendredi 18 mars de 14h à 17h et le samedi 19 mars de 10h à 17h, présentation publique des vidéos réalisées par les étudiants, à l’occasion des journées Portes ouvertes de l’ENSA.

 

samedi 19 mars, Limoges, Théâtre Expression 7, 18h :
Lectures, performances, projections : Stéphane Bérard, Stéphanie Eligert, Emmanuel Rabu.

 

vendredi 18 mars et dimanche 20 mars, à Eymoutiers
Entretiens de Stéphanie Eligert avec des habitants de la commune et du Plateau de Millevaches à propos de leur relation sensible au ciel et à l’atmosphère du Plateau.

 

Adresses utiles :
ENSA – 19, avenue Martin Luther King 87000 Limoges
Théâtre Expression 7 – 20, rue de la réforme 87000 Limoges
Contact :
– 43210pan@gmail.com

Note d’intention

 

L’action menée porte sur le thème des PAN.

 

 

PAN est l’acronyme de Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés, proposé par le CNES au cours des années 1980. Il désigne un ensemble des phénomènes aériens dont la nature paraît problématique au premier abord, et que l’étude révèle plus ou moins identifiables. Le classement de ces phénomènes amène à ranger ce qu’on appelle communément OVNI dans la catégorie PAN D. Notre manifestation portera sur tout ce qui peut faire l’objet d’observations et d’interrogations dans le ciel diurne ou nocturne, que cela concerne des phénomènes proches et en principe connus (nuages…), des phénomènes lointains et plus ou moins bien connus (étoiles…), ou des phénomènes que l’on ne sait pas identifier (OVNIS…). À l’heure où les inquiétudes croissantes concernant le devenir de la planète devraient nous conduire à nous définir avant tout comme « terrestres », une conception élargie de la politique est en train d’émerger : ses acteurs comprendraient non seulement les « humains » mais aussi d’autres agents naturels dans le cadre d’une diplomatie pensée à neuf (Bruno Latour), son horizon nous conduirait à admettre l’existence possible d’intelligences extra-terrestres comme fondement nécessaire d’une véritable cosmopolitique (Peter Szendy), et son champ d’action serait le territoire « dans », « sur » ou « avec » lequel des collectifs sont ici et maintenant susceptibles de se constituer en tant qu’agents de leur(s) propre(s) histoire(s).

L’étude plus ou moins savante du ciel, en même temps que sa colonisation naissante, constitue un des espaces et un des enjeux privilégiés de cette politique renouvelée. Le terme d’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) a depuis longtemps attiré notre attention sur le rôle que les auteurs, poètes ou performers sont d’ores et déjà en train d’y jouer. Une vingtaine d’années après sa mise en circulation, il s’agirait pour l’association PAN! de faire le point sur un terme, et au-delà sur un ensemble de pratiques sociales d’écritures capables de porter de telles interrogations.

La vocation de ces rencontres est de proposer un espace d’échanges aussi large que possible entre poètes, théoriciens et scientifiques, à Limoges et sur le plateau de Millevaches, sur des territoires que leur histoire continue de situer comme laboratoires de politiques alternatives. Leurs habitants seront les principaux acteurs de ces rencontres auxquelles seront conviés aussi bien les nuages que les exoplanètes et leurs potentiels occupants

Stéphanie Eligert

Stéphie

Née en 1974, dans le Doubs et vit actuellement à Paris.
Après des études supérieures de lettres modernes à Besançon, puis poursuivies à Paris (au laboratoire de théorie du texte de Jussieu), Stéphanie Eligert s’oriente vers la critique littéraire et les formes fines et expérimentales ouvertes par Roland Barthes. La lecture des textes – en particulier issus de la poésie contemporaine – fournit matière à diverses explorations où la dimension sensible du texte est fondamentale (impressions brutes provoquées par la typographie, la tonalité de l’écriture, etc.). Cette dimension sensible, qui fut radicalisée par la découverte éblouie de La Recherche de Proust, la conduit ensuite à questionner, au travers de divers articles et textes effleurant la forme romanesque, la relation entre l’écriture et la sensation immédiate du réel. Depuis lors, en plus de textes de critique et théorie littéraire, Stéphanie Eligert travaille le cœur immanent de tout percept : la sensibilité au temps qu’il fait, à l’atmosphère et aux formes subtiles qu’elle produit sans cesse, les nuages.

Articles publiés dans La Revue des livres, Nioques, Nu(e), Sitaudis.fr, Vacarme, Java, Lignes, Il particolare, les Cahiers critiques de poésie, etc. A postfacé l’anthologie de poésie concrète Doc(k)s, Mode d’emploi (Editions Al Dante)

Stéphane Bérard

 

Bérard2Stéphane Bérard, artiste, né en 1966 vit et travaille à Paris, il est représenté par la galerie Eva & Marion Meyer Contemporain, Paris. Artiste polymorphe, il intervient autant dans le champ des arts plastiques, de la musique, du cinéma ou de l’écriture. Depuis 1994, de nombreuses performances, expositions et quelques concerts. De multiples publications en revues (Doc(k)s, Java, La Res poetica…) et participations à des catalogues.
collectifs : Les Visiteurs (Musée d’art contemporain de Marseille, 1995) ; Continue (Nicolaj Art Contemporary Art Center, Copenhague, 1996) ; De l’idiotie aux burlesques contemporains (Beaux-Arts Magazine, 2005)…
Plus d’informations : http://www.documentsdartistes.org/artistes/berard/repro.html

 

Publications :
– Le problème martien, al dante, 2002
– L’enfer, de Dante Alighieri (traduction intégrale), al dante 2008
– Ce que je fiche, al dante 2008
– Charles de Gaulle, mémoires d’espoire : le renouveau, 1958-1962, Questions théoriques, 2011
– Mon combat, nouvelle traduction, Questions théoriques, 2015

Enregistrements :
– Accompagnements (édition de 3 vinyles 33T. Eva Meyer, 2015)
– Business songs (avec Francesco Finizio, téléchargeable 2014)
– Tours de chant (al dante, 2008)
– Erik ça tue (al dante, 2008)
– Progressistes (avec Nathalie Quintane, al dante, 2003)
– Donne-moi ton sperme (avec Xavier Boussiron, Suave, 2001)

 

 

Emmanuel Rabu

Rabu3

© François Bon

Emmanuel Rabu est né à Nantes en 1971 et vit à Paris. Il a notamment publié Tryphon Tournesol & Isidore Isou (Le Seuil, Fiction & cie, 2007) et Cargo Culte (Dernier Télégramme, 2007). Écrivain et poète sonore, il a créé et dirigé des festivals et événements autour de la poésie sonore et de la musique improvisée. Il a également dirigé plusieurs revues et collectifs notamment la revue PlastiQ (éditions MeMo, 1999) revue papier + CD consacrée à la poésie et aux musique dites expérimentales, et Écrivains en séries (Laureli/Léo Scheer, deux volumes, 2009 et 2010) collectif faisant se rencontrer écrivains et séries télé. Il travaille en duo depuis 1999 avec le musicien Basile Ferriot : nombreuses programmations en France et à l’étranger.

 

Publications :
– Moderne faculté des maîtres, éd.Poésie Express, 2000
– Ev-zone, éd.Derrière la salle de bain, 2002
– Tryphon Tournesol et Isidore Isou, éd. du Seuil, Fiction & Cie, 2007
– Cargo culte, éd. Dernier télégramme, 2007
– Futur fleuve, éd. Léo Scheer, Laureli, 2011

Direction :
– Ecrivains en série, I et II, éd. Léo Scheer, 2009-2010

Participations :
– Julien Blaine au Block Haus DY10, avec Sylvain Courtoux, Emmanuel Rabu, Carine Léquyer, Basile Ferriot et Phil Tremble, Dernier Télégramme, 2007 (+ Cd).
– Sylvain Courtoux, Vie et Mort d’un poète de merde, éd. Al Dante, février 2010 (+ Cd).
– Et dans les revues et collectifs : Java, Quaderno, Boxon, Musica Falsa, Fusées, Action restreinte, Terraformation, éditions Ere, Autres territoires, éditions Farrago, En tous lieux nulle part ici, Les In©lassables, Nepe éditions.

ball-trap : une insurrection poétique ?

Le poète, un insurgé ? Contre qui ou quoi d’autre pourrait-il s’insurger sinon les crispations formelles, les poncifs, les clichés, les poses esthétiques, les effets de style qui règlent et organisent en vase clos l’étroit domaine (on parle ici de la poésie) où la tradition littéraire le confine ? Bref, l’espace de sa révolte est déjà bien préparé : il n’outrepasse pas les limites du « champ littéraire » où n’éclatent que des guerres intestines et des enjeux étroitement « poético-poétiques » : l’écriture automatique, le lettrisme, le cut-up, le spatialisme, la poésie planiste et visuelle, puis l’« adieu à la page » (Bernard Heidsieck) des poètes sonores, la performance, etc. Tout cela semble suivre une logique de décantation sans surprise ni révolution, sinon interne et vite intégrée.

La poésie est-elle une activité capable d’alerter d’autres personnes que les poètes eux-mêmes ?
Peut-elle échapper à l’invitation d’assurer sa réussite littéraire en faisant montre des qualités qu’exigent les stratégies de légitimation (dont beaucoup d’artistes savent jouer) ?

 

Certaines pratiques récentes de l’écriture redéfinissent la poésie en faisant de celle-ci un moyen de connaissance, et non plus une fin en soi destinée à être admirée comme « œuvre ».

De quoi la poésie est-elle donc le nom au sein de ces pratiques nouvelles ?

 

La poésie, comme la géographie, sert d’abord à faire la guerre : on fait bouger les limites en traçant des lignes. L’espace mental y est une arme pour tir d’approche. Ses buts ? Produire des documents proposés comme « poétiques » mais qui court-circuitent nos anciens codes de lecture par lesquels nous abordons généralement le « poétique ». Faire vaciller les discours non-poétiques qui tirent leur plus-value du sérieux qu’ils se donnent. Faire avouer à ces discours qu’ils utilisent les mêmes armes que la poésie (hélas désamorcée par l’institutionnalisation de l’art). Faire l’histoire littéraire de notre société, de son économie, de ses politiques. Car tous les discours luttent sur le même terrain.

Ainsi pourrons-nous peut-être enfin relire nos « classiques » autrement qu’avec le regard de celui qui cherche exclusivement une qualité littéraire ou une profondeur à ce qu’il lit.

Ce serait, pour la poésie, un beau projet insurrectionnel : un de ceux qui ne cherchent pas à dynamiter notre héritage mais à le vitaliser en lui faisant servir des causes autrement plus prometteuses que les querelles esthétiques et les originalités de postures.